
Un apprenti commence sa formation en entreprise un lundi, mais son rythme d’alternance prévoit deux semaines en CFA pour trois jours en poste. Au bout de deux mois calendaires, il n’a passé que 30 jours effectifs dans les locaux de l’employeur. La phase où le contrat peut être rompu librement court toujours. Ce décalage entre le calendrier civil et le décompte réel des jours en entreprise piège régulièrement employeurs et apprentis.
Comprendre la mécanique de cette période probatoire, ses règles de calcul et ses conséquences concrètes évite bien des malentendus. On fait le point sur ce que le Code du travail prévoit, et surtout sur ce que la pratique impose au quotidien.
Période probatoire de l’apprentissage : pourquoi ce n’est pas une période d’essai classique
Le terme « période d’essai » est utilisé par habitude, mais il est juridiquement inexact pour un contrat d’apprentissage. Le Code du travail prévoit une période probatoire de 45 jours, distincte du régime applicable aux CDI et CDD. Pour un CDI, la durée de la période d’essai dépend de la catégorie professionnelle du salarié. Pour un CDD, elle se calcule à partir de la durée du contrat. En apprentissage, ces règles ne s’appliquent pas.
La différence principale tient au mode de décompte. Les 45 jours correspondent exclusivement à des jours de formation pratique en entreprise. Les semaines passées au CFA ou en organisme de formation ne comptent pas. En pratique, selon le rythme d’alternance, ces 45 jours peuvent s’étaler sur trois, quatre, voire cinq mois calendaires.
On retrouve ici un premier piège terrain : un employeur qui croit la période probatoire terminée après six semaines de calendrier peut encore se trouver en plein dedans. Les professionnels RH qui gèrent la durée et période d’essai du contrat d’apprentissage au quotidien doivent tenir un décompte précis des jours de présence effective en poste.

Décompte des 45 jours en entreprise : méthode de calcul concrète
Le décompte repose sur un principe simple en théorie, plus délicat en pratique : seuls les jours où l’apprenti travaille réellement dans l’entreprise sont comptabilisés. Ni les jours de formation en CFA, ni les jours fériés, ni les absences maladie ne rentrent dans le calcul.
Ce qui compte et ce qui ne compte pas
- Les journées complètes de travail en entreprise, quel que soit le service ou le site d’affectation, sont comptées.
- Les périodes en centre de formation, même si elles portent sur des compétences directement liées au poste, sont exclues du décompte.
- Les jours d’absence (maladie, congés, jours fériés chômés) ne sont pas décomptés, ce qui rallonge mécaniquement la durée calendaire de la période probatoire.
Pour un apprenti en rythme une semaine en entreprise, une semaine au CFA, il faut environ trois mois civils pour atteindre les 45 jours effectifs. Pour un rythme trois jours/deux jours, le calcul change encore. L’outil le plus fiable reste un tableau de suivi des présences, mis à jour chaque semaine.
Faut-il un document formalisé ?
Aucune obligation légale n’impose un formulaire type pour ce suivi. En revanche, un relevé signé par le tuteur et l’apprenti protège les deux parties en cas de litige sur la date exacte de fin de la période probatoire. Un simple tableau partagé avec les dates cochées suffit, à condition qu’il soit tenu à jour.
Rupture du contrat d’apprentissage pendant les 45 jours : ce qu’on peut faire et ce qu’on ne peut pas
Pendant la période probatoire, chacune des deux parties peut rompre le contrat librement, sans motif et sans indemnité. L’apprenti comme l’employeur disposent de cette faculté. La rupture prend effet immédiatement, sans préavis obligatoire, contrairement à ce qui s’applique en CDI ou CDD.
La notification doit être écrite. Un courrier recommandé ou une remise en main propre contre décharge sont les formes les plus courantes. Aucune procédure disciplinaire n’est requise, même si la rupture intervient à l’initiative de l’employeur.
Attention à la date de notification
La rupture doit intervenir avant l’échéance du 45e jour de présence effective. Si l’employeur notifie la rupture le 46e jour, les règles changent radicalement : il faut alors passer par la procédure de droit commun (accord amiable, faute grave, inaptitude, ou saisine du médiateur puis du conseil de prud’hommes).
Les retours varient sur ce point selon les OPCO consultés, mais la prudence impose de notifier la rupture avec une marge de quelques jours avant le seuil estimé. Mieux vaut agir au 40e jour qu’être en litige au 46e.

Durée du contrat d’apprentissage : les variables qui changent tout
La durée standard d’un contrat d’apprentissage varie selon le diplôme préparé et le parcours de l’apprenti. Elle peut aller de six mois à trois ans, et même atteindre quatre ans pour les travailleurs en situation de handicap. La durée du contrat est fixée en fonction du cycle de formation, pas de la volonté de l’employeur.
Deux cas de figure méritent une attention particulière :
- Un apprenti qui a déjà validé une partie du diplôme peut voir la durée de son contrat réduite, parfois à un an seulement.
- Un apprenti en échec à l’examen peut prolonger son contrat d’un an maximum pour préparer une nouvelle session, à condition que l’employeur et le CFA soient d’accord.
Le contrat peut être conclu en CDI (avec une phase d’apprentissage initiale) ou en CDD aligné sur la durée du cycle de formation. Le choix entre ces deux formes a un impact direct sur ce qui se passe après la période de formation.
Embauche après l’apprentissage : la règle de la passerelle
Si l’apprenti est embauché en CDI, CDD ou intérim dans la même entreprise à l’issue de son contrat d’apprentissage, aucune nouvelle période d’essai ne peut lui être imposée. La durée de l’apprentissage est en outre déduite de la période d’essai si le salarié est recruté ensuite dans une autre entreprise pour un poste en lien avec la qualification obtenue.
Ce mécanisme de passerelle protège l’apprenti contre un « double test ». C’est un point que beaucoup d’employeurs ignorent au moment de préparer le contrat de travail post-apprentissage.
Succession de contrats d’apprentissage : un nouveau décompte à chaque fois ?
Lorsqu’un apprenti enchaîne deux contrats d’apprentissage chez le même employeur (pour préparer un diplôme supérieur, par exemple), une seule période probatoire s’applique au début du premier contrat. Le second contrat n’ouvre pas un nouveau décompte de 45 jours.
La situation change si l’apprenti signe un nouveau contrat d’apprentissage avec un employeur différent après une rupture. Dans ce cas, un nouveau décompte redevient pertinent. L’apprenti repart de zéro, même s’il a déjà effectué plusieurs mois d’apprentissage ailleurs.
Pour les entreprises qui accueillent régulièrement des apprentis, la bonne pratique consiste à vérifier systématiquement le parcours antérieur du candidat avant de considérer que la période probatoire court. Un échange avec l’OPCO permet de lever le doute rapidement.